• Hugo Brutin (Gand, 2005)
• Joost De Geest (Mol, 1997)
En 1990, Els Vos a été trois fois
lauréate de prix fort estimés. Dans son oeuvre dominent
trois grands thèmes: le voûtes déglises ou de
cathédrales, les paysages, les bateaux à voile.
La figuration est toujours un point de départ dans ses gravures
- pointe sèche, eau-forte, taille-douce - et à partir
de cette figuration, de ce thème reconnaissable se crée
une autre présence, se forme un autre ensemble composé
de signes, d'éléments du squelette de ce qui était
le point de départ.
Une de ses premières oeuvres est la gravure ayant comme
thème un piano à queue où frappe déjà
l'harmonie des parties claires et des parties sombres. C'était
son oeuvre de fin d'études. Depuis lors elle s'est principalement
consacrée à élaboreer les trois thèmes
que nous venons de citer.
Elle travaille lentement. Un seul thème équivaut
à une année de travail. Parfois les thèmes
se superposent. Le thème en question finit par devenir un
arsenal de signes et de symboles dans ce sens que ce qui en reste
forme le ferment d'une oeuvre toute nouvelle, d'une dimension tout
autre. Ainsi l'ogive apparaît comme un rappel reconnaissable,
mais également comme source de lumière, comme motif
plutôt plastique.
Dans son deuxième grand thème elle introduit de manière
fort discrète la gravure à sucre qu'elle laisse de
nouveau tomber dans sa troisième série sur les bateaux
à voile.
On constate dans sa série sur les paysages - qui lui a valu
le prix de la Rotariale '90 à Bruges - que l'anecdote, s'il
peut en être question, est bien vite sinon immédiatement
élevée au niveau de l'idée d'un paysage avec
des arbres comme témoins et de nouveau une répartition
judicieuse du noir, du blanc et des gris. Un éventail infini
de 'couleurs' en quelque sorte.
Els Vos crée souvent des diptyques ou des triptyques. A
côté d'un paysage à pointe sèche notamment
apparaît alors une gravure en taille douce où nous
sommes confrontés au squelette dus paysage en question, à
un ensemble de lignes qui représentent la structure de la
donnée initiale, son rythme intérieur.
Les bateaux à voile représentent un autre défi
dans un même état d'esprit. Outre l'idée de
base soumise à une analyse minutieuse et inspirée,
nous y sommes confrontés au rythme du bateau et en même
temps à celui d'un ensemble de lignes qui se rencontrent,
s'associent ou se contrarient. Pour l'instant, Els Vos abandonne
ce thème des voûtes. Elle vient d'ailleurs de commencer
une vue de la tour Eiffel regardée du centre en dessous.
Elle est consciente de se servir de techniques anciennes ou classiques
et elle n'a pour l'instant aucune envie d'expérimenter de
quelque manière que ce soit. "Je n'éprouve aucunement
le besoin d'aller à la recherche de quelque extravagance.
Je crois que ce n'est pas mon caractère. Je veux pourtant
aller au-delà de la figuration. Si l'on isolait des détails
de mes gravures, on constaterait que ce sont des pièces purement
abstraites. Je crois que de cette manière-là mon oeuvre
n'est pas vraiement traditionelle."
Hugo Brutin (Gand, 2005)
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Els Vos réalise des gravures
à partir de ses dessins de paysages. La réalité
y prend un autre visage. De ses promenades sur les plages, dans
les bois, dans les champs, de ses visites d'églises aussi,
elle distille un ensemble d'impressions qu'elle transpose comme
si elle regardait au travers de lunettes, voire de plusieurs lunettes
superposées - une transposition à laquelle contribue
l'exploitation subtile des possibilités de la technique de
gravure. Par un jeu subtil d'omissions et d'occultations, propres
à son art, elle donne l'impression de nous emmener à
la rencontre de l'horizon, de la hauteur, de la lumière.
On n'y retrouve pas de figures qui courent vers le soleil, dansent
sur le sable ou fuient la voûte qui s'affaisse. Seul un regard
attentif parvient à appréhender la rapidité
d'évolution de l'image dans l'espace. Peu d'artistes parviennent
à évoquer cette sensation de 'chute', d'égarement,
dans une gravure: elle n'est pas sans rappeler un Max Klinger ou,
plus loin dans le temps, les oeuvres de certains maniéristes.
Chaque oeuvre est manifestement le fruit d'un long travail, de
multiples manipulations techniques, voir d'une intense cheminement
de la pensée, couche après couche, sur le sens de
l'image. Non, Els Vos se refusa à quelconque illustration
de pamphlets. Mais à meusre que s'approfondit la sensation
née de la première impression s'impose la quête
de structure, d'ordre. Le résultat, c'est une oeuvre profonde,
équilibré" avec une touche, marquée, de
cette distinction que le graphisme britannique confère à
l'ensemble.
Si l'oeuvre d'Els Vos évoque des exemples aussi illustres,
c'est par suite de son fanatisme artistique, du sérieux de
son travail. Pendant son apprentissage (mais se termine-t-il jamais?),
ce sont surtout les oeuvres de Jos Hendrickx et de Lismonde qui
l'ont marquée ici.
Ses oeuvres sont comme les pages du journal d'un voyage entre le
noir et le blanc, comme une quête qui doit aboutir à
l'une ou l'autre découverte. C'est l'oeuvre de quelqu'un
qui sait que quête et découverte ne font qu'un. Dans
quelle mesure la lumière est-elle à même de
supporter l'obscurité? Els Vos a trouvé la réponse.
Joost De Geest (Mol, 1997) |